19 Princelet Street

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Tassaduq Ahmed MBE Tassaduq Ahmed
1923-2001

Voyage dans la mémoire de l’East-End

Par Delphine Vallon-Mersali

the cover of the magazine.Le musée de l’Immigration et de la Diversité situé dans l’East-End Londonien, 19 Princelet street, est unique en Europe. Encore peu connu du grand public, sans financement régulier, il nous a accueillis dimanche 14 mars 2004. Notre « voyage de la citoyenneté » réunissait des collégiens Vitrollais de 3ème SEGPA et 3ème européenne et deux enseignantes. Susie Symes et Philip Black, les responsables, ont accepté d’ouvrir le musée spécialement pour nous.

La visite commence par un exposé sur Spitalfields, quartier d’immigration en marge de la City, qui s’est développé après le grand incendie de 1666, quand la ville a dû reloger des milliers de sans abris. Dès l’origine, ce quartier a donc eu vocation à accueillir des populations déplacées. Les premiers étrangers furent des Huguenots Français qui fuyaient les persécutions religieuses. Pierre Ogier et sa famille en faisaient partie, ils s’établirent au numéro 19 Princelet Street. Les Anglais créent alors le mot « refugee » calqué sur le Français. Plus tard, c’est l’expression « melting pot » qui sera forgée ici, pour désigner le creuset culturel de Spitalfields. Aujourd’hui encore, une enseigne en forme de bobine de fil accrochée à la façade du bâtiment témoigne de l’époque des tisserands Français. On pense que 20% de la population Anglaise descendrait de ces Huguenots ! Au XIXème, arrivèrent les Irlandais fuyant la famine, puis les Juifs d’Europe de l’Est. Les Antillais suivirent, puis ce fut au tour des Bangladais (on surnomme aujourd’hui ce quartier "Banglatown") et des Somaliens.

A l’intérieur, nous parcourons l’exposition « Suitcases and Sanctuary », réalisée par des enfants des écoles du quartier qui ont essayé de se mettre dans la peau de ces immigrés. Dans un mystérieux placard plein de poussière, les voix de la maison se confient aux visiteurs étrangers que nous sommes, nous laissant graves et pensifs. Les élèves chuchotent, ils frissonnent comme si un fantôme les avait frôlés. Chacun pense à ses ancêtres immigrés eux aussi. Justement, sur une table, des fiches bristol nous invitent à raconter nos familles. A travers un questionnaire, chacun laisse un message, une trace de son passage.

Par terre, un gros coussin recouvert du drapeau Britannique intrigue les élèves. Pourquoi est-il parsemé d’épingles ? Susie Symes explique que c’est l’oeuvre d’un artiste réfugié. Pour comprendre, il faut connaître l’expression anglaise « soft touch » qui désigne le confort dont jouissent les réfugiés en Angleterre. Cette expression sous-entend que les populations émigrées bénéficient d’avantages excessifs. Les épingles sont donc là pour rappeler aux visiteurs que la vie des réfugiés est jalonnée de souffrance et d’embûches et que l’hospitalité Britannique est souvent teintée de racisme et d’intolérance. Susie Symes évoque alors le racisme auquel nos ancêtres Huguenots ont été confrontés à leur arrivée. Elle raconte qu’on leur reprochait leur façon de s’habiller, leurs signes distinctifs, leur religion, leur langue, leur cuisine et ses odeurs... Son message fait écho au message de tolérance et d’amitié du MRAP et prend encore plus de sens pour nous, enseignants et collégiens Vitrollais... En contribuant à la préservation de ce musée, nous avons eu le sentiment de laver l’affront fait à notre cité par la précédente municipalité !

Pour ceux qui souhaitent le visiter, la station de métro la plus proche est Aldgate East. Voici les prochaines dates d’ouverture de ce lieu insolite, habituellement fermé au public : tous les dimanches de mai, de 12 à 17 h (coup de projecteur sur les Huguenots français le 2 mai, pour le Printemps des Musées), et pendant la « Semaine des Réfugiés », du 13 au 20 juin.

Les internautes, eux, pourront bientôt le retrouver sur le site de la Coalition Internationale des Musées des Sites Historiques de la Conscience , qui regroupe plusieurs lieux du même type dans le monde.

Pour les autres, retrouvez l’atmosphère de Spitalfields et des Docklands Londoniens à ... Marseille, en flânant le long des entrepôts de la Joliette ou dans les friches industrielles de la Belle de Mai !