19 Princelet Street

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Tassaduq Ahmed MBE Tassaduq Ahmed
1923-2001

19 Princelet Street, sanctuaire de la mémoire immigrée

Monday 26th September 2005

Dans l'est de Londres, rapporte le New Statesman, une vieille demeure classée abrite une exposition sur le thème des réfugiés, ouverte quelques jours par an seulement. En attendant qu'un musée de l'immigration puisse voir le jour.

La langue anglaise abrite d'innombrables termes d'origine française. Refugee n'est que l'un d'eux. Il a traversé la Manche avec les huguenots qui ont fui la persécution catholique en France à la fin du XVIIe siècle. Nombre d'entre eux ont trouvé refuge dans l'est de Londres, autour de Spitalfields, créant un précédent pour les générations d'immigrants des différentes communautés qui ont suivi.

Aujourd'hui, le quartier est l'un des plus ethniquement divers de la capitale, honoré par un mystérieux musée situé au 19 Princelet Street. Construit en 1719 comme demeure familiale de Peter Ogier, un négociant en soie huguenot, le bâtiment a abrité des gens issus d'une myriade de milieux culturels. Le petit salon où les enfants privilégiés de la famille Ogier apprenaient l'anglais a été transformé en salle de classe où les garçons juifs du XIXe siècle étudiaient la Torah, avant de revenir aujourd'hui à sa fonction première et d'accueillir des cours d'anglais du soir réservés aux femmes originaires du Bangladesh.

Il est prévu d'en faire le premier musée de l'immigration en Europe. Pour l'heure, l'institution ne dispose pas de moyens financiers suffisants pour ouvrir plus que quelques jours par an. Les visiteurs déterminés qui réussissent à y pénétrer se retrouvent dans un immeuble classé en voie de délabrement. Des étais métalliques soutiennent le plafond, qui menace de s'affaisser, et des monceaux de meubles pourrissent dans les salles. Une synagogue à galeries de style victorien, ajoutée en 1869, reçoit les visiteurs dans ses murs de plâtre suintants et boursouflés, sous ses chandeliers en métal terni, avec ses listes de fidèles depuis longtemps disparus, peintes en caractères hébreux dorés qui se fanent.

Depuis que les artistes Gilbert et George se sont installés dans la Fournier Street voisine, Spitalfields est devenu le quartier de l'art contemporain britannique. Les frères Chapman, Rachel Whiteread et Tracey Emin, entre autres, y ont élu domicile. Le 19 Princelet Street possède sa propre exposition permanente, intitulée "Valises et sanctuaire", réalisée par des élèves d'écoles locales. Des bagages bourrés de photos, de lettres, de bateaux en papier, de bobines de coton et même de pommes de terre répandent leur contenu sur le sol et les murs. La première pièce exposée prend la forme d'un placard dans lequel les visiteurs venus des quatre coins du monde ont griffonné les traductions des mots "Ecouter les murs". La dernière, au sous-sol, est un enregistrement grésillant de conversations fantomatiques et désincarnées en plusieurs langues.

Santosh Stride est l'un des enfants qui ont créé "Valises et sanctuaire". Elle explique comment, en s'appuyant sur des contes en yiddish, les enfants de sa classe, pour la plupart des Bangladais, ont créé des poèmes, des histoires, et même réalisé un film sur le thème de la persécution des Juifs. Guidés par des poètes, des acteurs et des musiciens, les élèves ont travaillé avec des documents portant sur l'histoire d'une autre culture. Les catholiques ont étudié l‘histoire de l'immigration bengalaise, les enfants somaliens ont analysé les effets de la Grande Famine en Irlande [qui a fait 1 million de morts entre 1845 et 1849].

Parmi tous ces efforts inspirants, la maison nous rappelle également la face sombre de la vie de réfugié. Dans les années 1930, les enfants juifs du numéro 19 ne s'aventuraient pas au-delà du bout de la rue, de crainte de tomber sur les Chemises noires de Mosley [Oswald Mosley, fondateur de l'Union fasciste britannique]. Le musée reçoit régulièrement la visite de groupes de personnes coupables de délits raciaux. "Le changement passe par le dialogue, et pas seulement en s'entendant dire que 'le racisme est mauvais'", estime la directrice du musée, Susie Symes.

Le dernier occupant du numéro 19 était un érudit polonais, David Rodinsky, qui vivait en reclus. Une nuit de 1969, il a verrouillé la porte de sa chambre, quitté la maison et disparu pour toujours. Onze ans plus tard, la porte a été ouverte, révélant des cahiers remplis d'écrits en plusieurs langues, des séries de dessins cabalistiques, un chat momifié et les bottes de Rodinsky, remplies à ras bord de poussière. Le musée espère ouvrir un jour ce monde pétrifié au public, mais les subventions se font étonnamment désirer. Jusqu'à ce qu'elles se matérialisent, la chambre de Rodinsky restera fermée.